Une belle saison: dans un contexte marqué par le bouleversement des calendriers de la mode (de quoi faire dérailler la boussole des plus expérimentés des journalistes) la Fashion Week parisienne nous a réservé de belles surprises avec des valeurs sures qui savent se réinventer, de jeunes créateurs qui évoluent et qui s’imposent. Cette saison, plus que jamais, Paris domine la mode masculine avec des rendez vous éclectiques, incontournables et novateurs. EDOUARD PERSONS vous expliquent pourquoi avec un very best-of de la semaine.

FACETASM

Premier défilé du premier jour de la Fashion Week, la marque japonaise FACETASM réussit une nouvelle fois à séduire avec son style street audacieux et dans l’air du temps. Une fois les silhouettes et les superpositions déconstruites, on a très envie de s’emmitoufler dans les grosses doudounes, les blousons en peau lainée et de passer l’hiver avec ces carreaux de bucherons canadiens.

1Facetasm

 

BALENCIAGA

Pour son deuxième défilé homme à la tête de BALENCIAGA, Demna Gvasalia, le créateur qui donne la tendance (comme rarement on a pu l’observer dans la mode), revisite un vestiaire de bureau version Wall Street à la sauce American Psycho. Il pousse l’esprit d’entreprise jusqu’à afficher le logo de son employeur Kering sur des sweats. Si on connaissait l’utilisation et le travail des logos de Demna Gvasalia pour sa marque VETEMENTS, on salue son audace à avoir revisité le symbole de campagne de Bernie Sanders en le faisant ainsi entrer dans la pop culture la semaine de l’investiture de Donald Trump.

2Balenciaga

 

VALENTINO

A première vue la collection VALENTINO, conçue pour la première fois par Pierpaolo Piccioli seul depuis le départ de Maria Grazia Chiuri pour DIOR, semble rendre hommage à un gentleman anglais. Mais à y regarder de plus près et aidé par une bande son qui convoquent Bowie et Lou Reed, des détails rendent les silhouettes moins conventionnelles: des lettres cousues, à la manière d’’un manifeste punk, apparaissent sur des sages manteaux, une cape très aristocratique se colore en rose, la casquette street voisine avec le noeud papillon et le cuir verni achève de rendre ce vestiaire très contemporain.

3Valentino

 

OAMC

Après s’être essayé depuis plusieurs saison au format présentation, OAMC défile pour la première fois au calendrier officiel dans le cadre de la Faculté de Pharmacie de Paris au sein de l’Université de Paris Descartes. Le label choisit ainsi d’y confronter ses silhouettes très sportswear et techniques, inspirées de l’aveu même du créateur des tenues d’interventions du SWAT et de la police, adoucies par un esprit soir.

4OAMC

 

OFF-WHITE

Dans un décor de forêt automnale, le créateur américain d’OFF-WHITE, Virgil Abloh, a accueilli autant les journalistes et acheteurs que ses nombreux fans et fidèles créant parfois des bousculades et incompréhensions. Cette foule hétéroclite a finalement cohabité pour saluer les silhouettes streetwear fidèle à l’univers du créateur mais qu’il a su mixer avec un romantisme grunge très nineties.

5OffWhite

 

LOUIS VUITTON

Certainement l’un des meilleurs shows de cette Fashion Week: Kim Jones semble, avec ce défilé, être au sommet de son style dans l’exercice difficile de renouveler chaque saison et avec une certaine cohérence l’Homme de LOUIS VUITTON. Sublimés par des ateliers de grande qualité et une peausserie exceptionnelle, les codes du créateur (sportswear, voyage, outdoor, streetwear… ) gagnent en luxe pour se confondre aujourd’hui parfaitement avec l’image masculine de la maison. Inspirée par le New York des années 70, 80 et début 90, cette collection convoque Jean-Michel Basquiat, Julian Schnabel, Keith Hering, Robert Mapplethorpe et Andy Warhol dans une nouvelle attitude et une silhouette à l’élégance détendue. On atteint le summum du cool et de la hype dans la collaboration avec la marque ultra-branché SUPREME. Même le milieu de la mode, qui aime plus que quiconque jouer les blasés, peinait à contenir son excitation.

6LouisVuitton

 

KOLOR

Grande tendance de la saison, l’outdoor semble avoir inspiré Junichi Abe pour concevoir la collection de KOLOR. Patchwork, tartan, fourrures, poches plaquées, zips, nylons, influences amérindiennes se réunissent dans un esprit « Patagonia » très désirable. Pas vraiment pour une randonnée dans les Rocheuses mais parfait pour le far-west moderne et urbain.

7Kolor

 

DRIES VAN NOTEN

Le milieu de la mode est en ce moment boulversé par des secousses qui bousculent plus qu’un simple calendrier. Le concept de See Now Buy Now remet aussi en cause une certaine idée de la création. Une création qui peut perdre du terrain et céder face au marketing. Le danger pour un créateur comme DRIES VAN NOTEN aurait été de s’enfermer dans une nostalgie poétique qui a fait son succès ou de perdre son identité dans cette quête à la modernité lié à l’immédiateté. C’était sans compter sur le talent et la longévité de DRIES VAN NOTEN qui nous a présenté, dans un ancien garage aux allures de couloirs de catacombes blanchis à la chaux, une collection moderne et désirable sans renier ce qui a fait sa réussite depuis des années. Les basiques de la maison et du vestiaire masculin sont ainsi re-visités avec un soucis de portabilité mais dans une excentricité très londonienne période Mods.

8DriesVanNoten

 

A.P.C.

Ce very best-of se devait de célébrer les 30 ans d’A.P.C.. Trente ans que Jean Touitou nous propose chaque saison ce vestiaire avant tout français et surtout parisien, cette élégance efficace mais recherchée, ce style intemporel mais désirable au moment même… On pourrait continuer. Cette collection poursuit le chemin dans une sophistication discrète et nostalgique. A noter également qu’à l’occasion de son 30e anniversaire, A.P.C. lance une collection capsule portant la griffe HIVER 87 (les toutes premières collections étaient simplement étiquetées selon la saison, HIVER 87, ETE 88 et ainsi de suite, jusqu’à ce que la griffe A.P.C. s’impose pour éviter la confusion). Cette collection se compose de rééditions spéciales de pièces d’archive, issues de différentes époques, et de nouveaux modèles sérigraphiés de logos ou images historiques.

9APC

 

JUNYA WATANABE

On pourrait dire « encore une collab » tant cette saison en est envahie. Mais ce serait oublier que JUNYA WATANABE MAN en est le précurseur depuis des années. Et pour asseoir sa primauté dans ce domaine, le japonais les a multipliées dans sa dernière collection: LEVI’S, VAN, CARHARTT, BARBOUR… et surtout THE NORTH FACE (vu aussi chez SACAI) qui quitte ainsi les cimes pour accéder au rang de marque hype.

10JunyaWatanabe

 

MAISON MARGIELA

Ce n’est peut être pas si anodin si MAISON MARGIELA convoque les héros de la Beat Generation en inspirateur de cette collection. Dans cette semaine d’investiture de Donald Trump, faire de Kerouac et d’autres figures contestataires une source d’inspiration est évidemment politique. En résulte une collection qu’on pourrait qualifié d’inachevée mais dans la célébration de l’inachevé et d’un style minimaliste et bohème.

11MaisonMargiela

 

GIVENCHY

Alors qu’une rumeur, qui sort on ne sait d’où et dont la mode a le secret, donne Riccardo Tisci sur le départ pour VERSACE, il nous livre sa meilleure collection depuis plusieurs saisons dans une quintessence de son style personnel et de celui de la maison GIVENCHY. Les références sportswear sont là mais associées à une nouvelle élégance avec des duffle-coats, costumes et manteaux aux détails contrastés, colorés et surdimensionnés.

12Givenchy

 

BERLUTI

Pour sa première collection à la tête de la création de BERLUTI, Haider Ackermann (qui a défilé deux jours plus tôt pour sa marque éponyme) était attendue par les observateurs au mieux avec curiosité au pire avec défiance. Le challenge est relevé haut la main. Le défi qui l’attendait était pourtant périlleux pour ce créateur iconoclaste et plutôt libre: repenser la maison BERLUTI qui n’a jamais réellement trouvé sa clientèle au lancement du prêt-à-porter par LVMH. On ne peut pas prédire le succès commercial de cette collection mais elle est juste et moderne, dans l’air du temps sans céder au jeunisme et portée par les moyens et les cuirs exceptionnels de la maison et du groupe.

13Berluti

 

HELBERS

Paul HELBERS s’est inspiré d’une peinture d’un artiste du 19ème siècle, Emile Friant, pour penser sa nouvelle collection. Sur ce tableau on peut voir le jeune peintre de 15 ans s’autoportrait dans les habits de son père. En résulte une collection aux volumes légèrement oversize et aux teintes sourdes.

14Helbers

 

SACAI

Avec un mix réussi de créativité et de portabilité, SACAI s’est imposé depuis plusieurs saisons comme une marque qui compte. Cette signature mixte est encore au coeur de cette nouvelle collection. En revisitant les basiques du vestiaire, en les déconstruisant, en les remontant de façon moderne, en les juxtaposant… SACAI en fait des vêtements hybrides. Peut-être moins « excentrique » qu’à l’accoutumée, les silhouettes de la saison sont décomplexifiées et séduisent d’autant plus que ce sont dans les détails que se cachent ses charmes.

15Sacai

 

ACNE STUDIOS

« Je me suis rendu compte que les hommes d’affaires n’existaient plus alors que les affaires n’ont jamais été aussi présentes dans notre monde. Cette réflexion m’a emmené à penser à des businessmen des années 80 et comment ils élevaient leurs vêtements au rang de fétiches. Je voulais apporter à cette collection le même respect pour les tissus et les coupes» A en croire Jonny Johansson, le directeur de la création d’ACNE STUDIOS, c’est de là que sont nées ces silhouettes très 80 mais aussi inspirées par le New Look des années 40. Mix gagnant pour une des collections les plus réussies de la saison.

16Acne

 

WOOYOUNGMI

On savait WOOYOUNGMI plus percutant sur ses propositions hivernales mais sa dernière livraison dépasse nos espérances. Sa récente collection, inspirée par des portraits d’Oscar Wilde, mélange le tailoring classique à des pièces casuals. Les manteaux de laine semblent gonflés par une doublure rembourrée pour une silhouette plus moderne, les carreaux traditionnels du vestiaire masculin se posent sur des pantalons d’inspiration jogging et le sweat à capuche trouve naturellement sa place dans cette silhouette.

17Wooyoungmi

 

HERMÈS

Au fil des saisons et avec une longévité à toute épreuve, Véronique Nichanian pour HERMÈS réussit à définir une élégance intemporelle servie par les plus belles peaux de l’industrie de la mode et par des ateliers qui font la renommée mondiale et historique de la maison. Son dandy semble hermétique à l’épreuve du temps et des mouvements de mode. A noter cette saison au rayon accessoire, l’arrivée du sac banane… en version luxe.

18Hermès

 

AMI

On retrouve avec cette nouvelle collection AMI, une certaine fraicheur qui a fait le succès de la marque parisienne: des basiques du vestiaire masculin (trench, bombardier, costumes… et même survêtements), des codes du tailoring (tartan, coupe croisée, prince de galles…) dynamisés par des couleurs, qui peuvent parfois paraître discordantes mais qui pourtant fonctionnent ensemble, des coupes modernes et surtout un charme immédiat qui nous fait désirer ces pièces tout de suite et maintenant. A noter au rayon des collaborations de la saison, celle avec Eastpak pour un sac à dos déjà It Bag.

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LANVIN

Au bout de dix années à la tête de l’homme LANVIN, Lucas Ossendrijver semble plus inspiré que jamais à la vue de son dernier défilé. Des propositions rétro mais aussi jeunes, dynamiques et modernes, sportswear mais aussi tailoring et exigeantes et avant tout réussies et ultra-désirables. Sa vision de la mode est bien présente (décontraction, superposition, fluidité, matières techniques…), mais il y a quelque chose d’assagi (dans le bon sens du terme) dans cette collection. Nul besoin d’effet et de propos de saison (tantôt ethnique, tantôt rock…) quand son style et les vêtement se suffisent à eux mêmes. On en profite pour souligner un des tendances fortes de la saison: l’écharpe de foot…

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PAUL SMITH

Pour son premier défilé réunissant ses collections masculines et féminines, PAUL SMITH revient aux sources de son succès: l’Angleterre. Tailoring, carreaux, tartan, chevron… Après s’être quelque fois perdu dans la multiplication de ses lignes, il réunit pour cette collection et en quelques looks tous ses codes dans un mix and match réjouissant qui lui est propre.

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