J‘ai lu toutes les nécrologies, pour la plupart réussies puisque rédigées depuis longtemps dans l’attente du trépas de MONSIEUR PIERRE BERGÉ, mais je voulais témoigner, de façon plus personnelle, ma tristesse éminemment sincère, forcement respectueuse et certainement maladroite à la vue du parcours de l’homme.

J’ai rencontré MONSIEUR PIERRE BERGÉ. J’avais avant ça, durant mon adolescence, nourri par une documentation quasi compulsive sur sa personne, son époque et son couple avec Yves Saint Laurent, autant d’admiration que de préjugés. Je l’ai connu du temps ou j’occupais le poste de rédacteur en chef mode du magazine TÊTU qu’il avait fondé et financé durant tant d’années.

Je me souviens de notre première rencontre où je fus qualifié de son attention envers la jeune génération d’un « Bonjour jeune homme » prononcé avec bienveillance d’une voix déjà tremblante mais en même temps assurée. Je me souviens, à l’époque, avoir pensé à André Malraux faisant rentrer Jean Moulin au Panthéon. Je ne faisais qu’intégrer un magazine pour m’occuper des pages modes… Mais MONSIEUR PIERRE BERGÉ savait sacraliser la vie et donner une solennité à un quotidien par sa simple présence. Je me souviens de ma fierté lors d’un dîner de la mode en faveur de la lutte contre le sida, qu’il présidait chaque année avec la complicité malicieuse et indéfectible de Line Renaud, de ses mains posées sur mes épaules s’enquérant de la bonne tenue de la soirée, me faisant passer ainsi un court instant pour le favori du prince. J’ai aussi compris ce soir là que le « jeune homme » dont il me gratifiait à chaque rencontre masquait l’oubli de mon prénom… Je me souviens de sa Mitterrandolâtrie qui a accompagné mon éveil politique et décomplexé une gauche caviar. Je me souviens de son combat pour la reconnaissance des droits homosexuels, de Bernadette Chirac (figure du conservatisme français) assise au premier rang de l’église Saint Roch écoutant avec émotion son discours rendant hommage à son compagnon de vie, Yves Saint Laurent. Je me souviens de l’homme de média qui, contre sa pensée, a su s’effacer face à la liberté de la presse. Je me souviens du collectionneur d’art grincheux et politique, prêt à restituer des oeuvres d’art en sa possession et spoliées à la Chine, contre la reconnaissance des droits de l’homme par la puissance communiste et capitaliste.

MONSIEUR PIERRE BERGÉ a décidé de sa vie, de son enfance en Charente Maritime à sa réussite parisienne, financière, politique et médiatique. En s’extrayant de son milieu, il est devenu un modèle pour toute une génération d’entrepreneur, de lettré, d’hommes de pouvoir et de média, et d’homosexuels. MONSIEUR PIERRE BERGÉ, vous avez ouvert la porte et la reconnaissance à une liberté de penser, à un art de vivre, à un dandysme à la française qui vous survivra. Pour cela, je vous remercie et vous souhaite le repos qu’une vie si remplie mérite.